Montreux vient de célébrer les 80 ans de la naissance de Freddie Mercury

Montreux vient de célébrer les 80 ans de la naissance de Freddie Mercury.
Et pendant quelques heures, les années ont disparu.
J’ai assisté à une répétition de concert. Les musiciens étaient à la hauteur de l’événement, et très vite, je me suis laissée emporter par la ferveur de cette journée si particulière.
Ils étaient venus de partout. De près, de loin, parfois de très loin. Des jeunes, des moins jeunes… et même ceux qui, comme moi, ont connu Freddie Mercury de son vivant.
Certains portaient simplement un T-shirt à son effigie. D’autres avaient revêtu les costumes emblématiques du chanteur. Il y avait des sosies, des paillettes, des moustaches, des attitudes familières…
Et puis la musique a commencé.
Les plus âgés se sont mis à danser. Les mains se sont levées, les applaudissements ont fusé. Radio Ga Ga a résonné et, soudain, les générations se sont mélangées. Même ceux qui n’étaient pas nés lorsqu’il chantait encore étaient là, emportés par la même énergie.
Et puis il y a eu Under Pressure. Là, j’ai eu les larmes aux yeux. Parce qu’en quelques secondes, Montreux s’est effacé.
Je me suis retrouvée le 18 septembre 1984, au POPB, le Palais Omnisports de Paris-Bercy, aujourd’hui Accor Arena, pour la tournée européenne The Works Tour.
Quelle soirée…
Je me souviens de l’effervescence dehors, de cette foule qui attendait l’ouverture des portes, de cette impatience presque électrique. Je ne me souviens même plus du groupe de première partie.
En revanche, je me souviens parfaitement de Freddie entrant sur scène, à quelques mètres de moi. Mon idole. Dès les premières secondes, ce fut le feu.
Nous ne l’avons pas attendu : il était immédiatement avec nous. Il nous a pris par la main et nous a emmenés dans son univers. Pendant quelques heures, nous n’étions plus des milliers de personnes dans une salle. Nous étions un seul corps, une seule énergie : la salle, la scène et Freddie.
Les chansons se sont enchaînées sans nous laisser un instant de répit.
J’étais dans les gradins, sur le côté de la scène. Freddie était partout. Il apparaissait, disparaissait, traversait la scène, revenait de l’autre côté… C’était comme être emportée dans le tourbillon d’Alice au pays des merveilles.
Il faut dire aussi que les pétards passaient de main en main et ajoutaient encore un peu à cette irréalité. Une sorte de rêve éveillé dont personne ne voulait sortir.
Et puis est arrivé Radio Ga Ga. Toute la salle s’est mise à frapper dans ses mains à l’unisson. Je me souviens encore du bruit. Et surtout, je me souviens du plancher des gradins qui vibrait sous le martèlement des chaussures.
Puis il y eut We Are the Champions. La délivrance. Nous étions comblés.
Et, comme toujours, il a terminé par God Save the Queen. Puis Freddie et les autres ont quitté la scène. Et nous sommes restés là, un peu orphelins. Ils s’étaient totalement donnés à leur public. Nous avions reçu tout ce qu’ils pouvaient donner. Mais j’aurais voulu que ces instants durent encore. Encore. Et encore.
Je suis évidemment restée devant ma télévision pour le Live Aid du 13 juillet 1985, fascinée une nouvelle fois par cet homme qui semblait capable de transformer quelques minutes de musique en un moment d’éternité.
Je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de le revoir les années suivantes.
Et puis il y eut ce 24 novembre 1991. J’étais au bureau. Je me souviens de mes larmes.
Nous savions qu’il était malade. Mais nous ne voulions pas imaginer que la fin pouvait être si proche. L’annonce fut brutale. Comme si, soudain, une lumière venait de s’éteindre.
Et pourtant… Trente-cinq ans plus tard, à Montreux, Freddie était encore là.
Dans les voix. Dans les mains qui applaudissaient. Dans les pas de ceux qui dansaient.
Dans les costumes. Dans les souvenirs. Dans les larmes.
Et surtout dans cette étrange capacité qu’a la musique à abolir le temps. Une chanson a suffi. Under Pressure.
Et pendant quelques minutes, j’avais à nouveau vingt ans. J’étais dans les gradins de Bercy. Freddie était à quelques mètres de moi. Et le monde entier pouvait bien attendre.
It’s a kind of Magic